Une carte du monde où l’Afrique semble reprendre sa place, tandis que l’Europe et l’Amérique du Nord rétrécissent : le visuel partagé sur les réseaux sociaux attire l’attention. Derrière cette image, il y a bien un vote récent de l’ONU, mais pas un grand soir cartographique où toutes les cartes seraient remplacées du jour au lendemain.
Un vote largement favorable
Le 4 septembre 2026, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté une résolution baptisée « Correct the Map », portée par le Togo au nom du groupe africain. Son objectif est d’encourager l’utilisation de projections qui respectent davantage la superficie réelle des continents, notamment la projection Equal Earth.
Le résultat est sans appel : 164 pays ont voté pour, les États-Unis contre, tandis que six États, l’Estonie, la Géorgie, la Lituanie, la République de Moldavie, la Serbie et l’Ukraine se sont abstenus. La France figure parmi les pays favorables. Le compte rendu officiel de l’ONU précise que le texte adopté correspond à la résolution A/RES/80/307.
Cette initiative ne sort pas de nulle part. En février, l’Union africaine avait déjà approuvé Equal Earth pour représenter plus fidèlement le continent et encouragé ses États membres à faire évoluer leurs supports éducatifs. Dans sa décision officielle consacrée à la correction de la carte de l’Afrique, l’organisation présente la cartographie comme un sujet à la fois scientifique, pédagogique et politique.
Pourquoi l’Afrique paraît-elle trop petite ?
Le cœur du débat concerne la projection de Mercator, mise au point au XVIe siècle pour les besoins de la navigation maritime. Elle a une qualité précieuse pour les marins : les directions peuvent être représentées par des lignes droites. En revanche, les surfaces sont de plus en plus exagérées à mesure que l’on s’éloigne de l’équateur.
Le résultat est visible sur les planisphères traditionnels. Le Groenland peut sembler presque aussi grand que l’Afrique, alors que le continent africain est en réalité environ quatorze fois plus vaste. L’Europe et l’Amérique du Nord paraissent elles aussi relativement plus imposantes, tandis que les régions proches de l’équateur donnent l’impression d’être comprimées.
Il ne s’agit pas d’une erreur de calcul ni d’une volonté de modifier la taille des pays. C’est l’effet d’une projection : une méthode utilisée pour transformer la surface courbe de la Terre en image plane. Comme le rappelle le guide de l’US Geological Survey sur les projections cartographiques, aucune carte plate ne peut préserver parfaitement à la fois les directions, les distances, les superficies et les formes.
Equal Earth, une carte plus fidèle mais pas parfaite
Créée en 2018 par les cartographes Bojan Šavrič, Tom Patterson et Bernhard Jenny, Equal Earth appartient aux projections dites équivalentes. Elle conserve donc les rapports de superficie entre les continents. L’Afrique apparaît plus proche de sa taille réelle, tandis que l’Europe, les États-Unis et le Canada occupent moins d’espace en comparaison.
Cette projection n’est toutefois pas une vérité absolue. Elle déforme certains contours et ne convient pas à tous les usages. Mercator conserve son intérêt pour la navigation, précisément parce qu’elle privilégie les angles et les directions. Pour comparer des superficies, étudier le climat ou présenter des données mondiales, une projection équivalente est en revanche plus adaptée.
Une décision surtout symbolique
Le mot « réforme » doit donc être manié avec prudence. L’ONU n’a pas imposé un nouveau modèle unique et n’a pas demandé de retirer toutes les cartes de Mercator. La résolution invite les gouvernements, les écoles, les organisations internationales et les entreprises technologiques à choisir des représentations plus fidèles lorsque la comparaison des tailles est importante.
Elle ne change pas non plus les frontières ni le statut des territoires. La décision porte sur la manière de représenter le monde, pas sur sa réalité juridique. Son impact dépendra désormais des éditeurs scolaires, des institutions et des plateformes numériques.
Le vote donne néanmoins une visibilité internationale à une question longtemps cantonnée aux cours de géographie : une carte n’est jamais neutre dans ce qu’elle montre, ni dans ce qu’elle laisse croire. La Terre, elle, ne change pas. Mais le regard posé sur elle pourrait évoluer.





