Les électeurs islandais votent ce samedi 29 août sur une question qui pourrait infléchir la trajectoire européenne du pays : l’Islande doit-elle reprendre les négociations d’adhésion à l’Union européenne ? Le scrutin est souvent présenté comme un vote sur l’UE, mais il ne décide pas d’une entrée dans le bloc. Selon les modalités officielles du référendum, un « oui » ouvrirait seulement la voie à la reprise des discussions. Si un accord était finalement conclu, il devrait encore être soumis aux électeurs lors d’un second référendum.
Un « non » mettrait donc un terme, dans le cadre fixé par l’exécutif, à la démarche portée par le gouvernement de la Première ministre Kristrún Frostadóttir, au pouvoir depuis décembre 2024. La coalition formée par l’Alliance sociale-démocrate, le Parti de la réforme et le Parti du peuple a inscrit cette consultation dans son programme, avec l’idée de laisser la population décider avant d’engager de nouvelles négociations.
Un dossier suspendu depuis 2013
Le dossier européen islandais remonte à la crise bancaire de 2008. Reykjavik a déposé sa candidature le 17 juillet 2009. Les discussions ont été ouvertes l’année suivante, avant d’être mises en pause en décembre 2013 à la demande des autorités islandaises. En mars 2015, le gouvernement a demandé que le pays ne soit plus considéré comme candidat à l’adhésion.
Le processus était pourtant déjà bien engagé. Le rappel historique publié par le Conseil de l’Union européenne indique que 27 des 35 chapitres de négociation avaient été ouverts et que 11 avaient été provisoirement clôturés.
Depuis, l’Islande reste étroitement liée à l’Union sans en être membre. Grâce à l’Espace économique européen, à l’espace Schengen et à l’Association européenne de libre-échange, elle participe au marché unique et applique une large partie des règles européennes, sans disposer d’un siège dans les institutions de décision de l’UE. D’après les données de la Commission européenne sur les relations commerciales, l’Union représentait 53,6 % du commerce islandais de biens en 2025 et 66,5 % de ses exportations.
Une question de souveraineté autant que d’économie
La pêche constitue le principal point de friction. L’agriculture et la pêche ne relèvent pas de l’accord sur l’Espace économique européen. Toute future négociation devrait donc préciser les conditions applicables à ces secteurs, notamment la gestion des ressources, l’accès aux eaux islandaises et la répartition des quotas.
Les opposants à la reprise des discussions redoutent de perdre la maîtrise d’une sa ressource essentielle pour l’économie et l’identité nationales. Les partisans du « oui » répondent qu’une négociation permettrait au contraire d’obtenir des garanties, tout en donnant à l’Islande une voix directe sur les décisions européennes susceptibles d’affecter son économie.
Le débat porte aussi sur le coût de la vie, la stabilité monétaire et la place du pays dans un environnement géopolitique plus tendu. Les défenseurs d’un rapprochement évoquent les bénéfices potentiels d’un accès complet au marché européen, de l’union douanière et, à terme, de l’euro. Le camp opposé estime que l’adhésion ne réglerait pas automatiquement les difficultés économiques du pays.
La dimension sécuritaire a également pris davantage de place. Le 18 mars 2026, l’Islande et l’Union européenne ont signé un partenariat de sécurité et de défense portant notamment sur l’Arctique, la sécurité maritime, le cyberespace et le soutien à l’Ukraine. Cet accord ne vaut pas adhésion, mais il illustre le rapprochement déjà engagé entre Reykjavik et Bruxelles.
Les sondages ne dégagent aucun vainqueur
À la veille du vote, les enquêtes d’opinion ne permettent pas de dégager une tendance solide. Dans son dernier baromètre, publié le 27 août, l’institut Gallup mesure 51,6 % d’intentions de vote contre la reprise des négociations, contre 48,4 % en faveur. Avec une marge d’erreur de plus ou moins 2,4 points, l’écart n’est pas statistiquement significatif. Le précédent sondage plaçait légèrement le « oui » en tête.
Quelle que soit l’issue du scrutin, l’Islande ne deviendra donc pas immédiatement le 28e membre de l’Union européenne. Une victoire du « oui » ouvrirait un processus de négociation potentiellement long, puis un second vote sur un éventuel traité d’adhésion. Un « non » maintiendrait le pays dans son cadre actuel et refermerait, au moins pour l’instant, la porte d’un nouveau dialogue avec Bruxelles.





