Une patrouille filmée sans le savoir
Dans la nuit du 5 novembre 2025, quatre policiers municipaux circulent à Carcassonne, dans l’Aude, pour une patrouille de service. L’un d’eux porte une caméra-piéton qui, après une mauvaise manipulation, continue d’enregistrer alors que l’équipage pense l’appareil éteint. Près de six heures d’échanges sont ainsi captées à l’intérieur du véhicule.
L’enregistrement est découvert trois jours plus tard par des collègues qui cherchent à vider la mémoire de la caméra. Le brigadier-chef principal qui intervient le plus souvent dans la bande-son dépose ensuite plainte, le 31 décembre 2025, pour atteinte à l’intimité de la vie privée. Le parquet de Carcassonne ouvre le même jour une enquête confiée aux gendarmes de Trèbes, avec l’appui de la brigade de recherches de Carcassonne.
Après plusieurs mois de circulation en interne, des extraits sont rendus publics le 8 septembre 2026. Ils font entendre une succession de propos visant des personnes noires, maghrébines et migrantes. Les échanges comportent également des remarques islamophobes, misogynes et homophobes, une théorie complotiste visant Brigitte Macron, ainsi que des appels à un coup d’État et à l’instauration d’une dictature.
Une enquête judiciaire toujours en cours
Dans un communiqué diffusé le 9 septembre, la procureure de la République de Carcassonne précise que l’exploitation de la bande-son reste complexe. Des témoins doivent encore être entendus et d’éventuelles victimes identifiées. Les faits pourraient faire l’objet de qualifications pénales liées à des propos visant une personne ou un groupe en raison de son origine, de sa religion, de son sexe ou de son orientation sexuelle.
Une procédure de suspension puis de retrait des agréments des policiers municipaux concernés a également été annoncée. Les faits sont considérés comme incompatibles avec l’exercice de leurs fonctions. Le régime de cet agrément, indispensable à l’exercice du métier, est encadré par l’article R. 511-2 du Code de la sécurité intérieure.
Le dossier comporte aussi un volet administratif. Une enquête interne avait été déclenchée par la mairie le 23 décembre 2025, sous la précédente municipalité. Selon le parquet, ses conclusions ne lui étaient toujours pas parvenues au moment de la révélation publique de la vidéo.
Un agent bénévole du service d’ordre du RN
Le principal intervenant, âgé de 50 ans, est un brigadier-chef principal et ancien parachutiste du IIIe régiment de parachutistes d’infanterie de marine, implanté à Carcassonne. Il était également membre bénévole du service d’ordre du Rassemblement national et avait participé à la sécurité de Jordan Bardella lors de déplacements dans l’Aude.
Le 9 septembre, la direction du parti a annoncé son exclusion et sa radiation du service d’ordre. Dans son communiqué officiel, le RN condamne les propos et affirme qu’ils sont contraires aux valeurs qu’il revendique.
La mairie de Carcassonne, désormais dirigée par Christophe Barthès, a également condamné les faits et annoncé l’engagement de procédures et de sanctions.
L’État demande un contrôle du service
La polémique a rapidement pris une dimension nationale. Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a annoncé, le 9 septembre, un contrôle de l’ensemble de la police municipale de Carcassonne par l’Inspection générale de l’administration. Dans son message public, il juge les propos incompatibles avec l’uniforme de la police municipale et les valeurs de la République.
Ce contrôle administratif s’ajoute à l’enquête judiciaire menée par les gendarmes. Il devra notamment permettre d’examiner le fonctionnement du service et la gestion de l’enregistrement, tandis que la justice devra établir les responsabilités individuelles.
À ce stade, les agents sont mis en cause, mais aucune condamnation n’a été prononcée. La suite de la procédure dépendra des auditions, de l’identification des éventuelles victimes et de l’analyse complète de la vidéo.





