Le président du Rassemblement national (RN), Jordan Bardella, conteste des propos antisémites et complotistes que Mediapart lui attribue dans des conversations privées datant du début de sa carrière politique. Publiée lundi 28 septembre, l’enquête s’appuie, selon le média, sur plusieurs échanges écrits et des témoignages. Bardella nie en être l’auteur et affirme que les éléments présentés sont fabriqués.
Des conversations attribuées à ses débuts en politique
Les échanges remonteraient à la période 2013-2015, alors que Bardella milite au Front national, ancien nom du RN. D’après l’enquête de Mediapart, ils contiendraient des propos reprenant des clichés antisémites, notamment l’idée d’un contrôle juif des banques et des institutions, ainsi que des théories complotistes autour d’Israël et de la finance.
Le média indique avoir procédé à des vérifications pour authentifier les conversations et avoir recueilli des témoignages de personnes liées au mouvement. Les documents ne sont toutefois pas tous accessibles au public : les accusations reposent donc, à ce stade, sur les éléments présentés par l’enquête. Elles ne constituent pas en elles-mêmes une conclusion judiciaire.
Interrogé avant la publication, Jordan Bardella a rejeté les affirmations et déclaré ne jamais avoir tenu de propos racistes ou antisémites de cette nature. Après la parution, il a indiqué avoir chargé son avocat d’engager des procédures. Marine Le Pen a également mis en doute l’authenticité des éléments. À ce stade, aucune décision de justice sur le fond des accusations n’a été rapportée.
Une affaire sensible pour le RN
La polémique intervient alors que le RN cherche depuis plusieurs années à convaincre qu’il a rompu avec les propos racistes et antisémites associés à l’histoire du Front national. Elle place son président au centre d’une controverse portant sur des messages supposément écrits lorsqu’il était encore jeune militant.
La publication intervient aussi à l’approche de l’élection présidentielle de 2027. Jordan Bardella est l’une des figures centrales du parti et a été présenté comme susceptible de devenir Premier ministre si Marine Le Pen remportait le scrutin. La contestation des faits par les responsables du RN et les éventuelles suites judiciaires devraient donc peser sur la manière dont l’affaire sera examinée dans le débat politique.
Des préjugés toujours mesurés par les institutions
Les accusations s’inscrivent dans un contexte où les institutions continuent de documenter l’antisémitisme en France. Dans son rapport annuel sur le racisme et l’antisémitisme en 2025, la Commission nationale consultative des droits de l’homme recense 1 320 faits antisémites enregistrés par les autorités cette année-là. Ce chiffre est en baisse par rapport à 2024, mais la Commission souligne la persistance des actes de haine et des préjugés.
Le gouvernement a, de son côté, présenté en juillet un plan national de lutte contre le racisme et l’antisémitisme pour 2026-2029. Il prévoit notamment des mesures de formation, de prévention et d’accompagnement des victimes.
L’enquête de Mediapart relance ainsi les questions sur les convictions passées de Jordan Bardella et sur la transformation revendiquée par le RN. Pour l’heure, le dirigeant conteste les écrits qui lui sont attribués et la rédaction maintient ses révélations. L’authenticité des conversations et leur attribution pourraient désormais faire l’objet d’un examen dans le cadre des démarches annoncées.
L’enquête publiée par Mediapart le 28 septembre est consultable ici.





